Les métiers du Figuier #1

Reportages Les métiers du Figuier #1

Le Figuier blanc Le 01/03/2021

Guillaume Louradour – Responsable d’exploitation et programmateur cinéma

À 33 ans, Guillaume gravite autour du monde du cinéma depuis ses années lycée où il faisait l’option cinéma. Après son bac littéraire, il passe un CAP d’opérateur-projectionniste et travaille au cinéma Utopia de Toulouse, où il apprend « le quotidien passionnant d’une salle de cinéma » pour reprendre ses mots. Il participe à la création du Fifigrot (Festival International du Film Grolandais de Toulouse) avec des camarades toulousains, un festival qu’il programme depuis et qui fêtera ses 10 ans en 2021. S’en suit une nouvelle aventure à Paris, où il rejoint l’école de la Fémis, où il effectue une formation en distribution et exploitation cinématographique. Depuis, il travaille dans les cinémas d’Argenteuil !

Après cette brève présentation, nous vous proposons de découvrir son métier grâce à quelques questions auxquelles il a bien voulu répondre.

En quoi consiste ton métier ?

Mon poste consiste notamment à programmer les deux cinémas de la Ville, le Figuier Blanc et le Jean Gabin, organiser des actions culturelles autour de films et d’évènements (rencontres avec des équipes de films, créer des moments d’échange et de convivialité, etc.).

Il faut également communiquer autour de notre programmation, faire les grilles horaires des films, écrire les textes pour notre programme papier, sur lequel nous travaillons avec mes collègues chaque mois. Il ne faut pas oublier que malgré la qualité de la programmation ou des évènements que nous mettons en place, cela n’assure en rien la mobilisation du public. Chaque évènement, chaque film est différent et il faut réfléchir au meilleur moyen de convaincre le public de s’y déplacer.

J’anime également les différentes rencontres et évènements que nous mettons en place.

L’autre facette de mes missions consiste aussi à participer à la réflexion sur le parcours usager, de son entrée dans les lieux à la sortie, il faut qu’il se sente bien. Cela consiste à réfléchir sur les outils, la technique, le confort, les circulations du public, l’accueil et l’information afin de rendre l’expérience de la sortie cinéma la plus agréable possible.

As-tu une journée type ?

La salle de cinéma c’est le royaume de l’imprévu, un imprévu qu’il faut pourtant apprendre à dompter. Il faut savoir qu’au cinéma, la semaine commence le mercredi avec la sortie des films. Ce jour-là est synonyme de grande excitation avec la surprise de la fréquentation des nouveaux films que nous sortons. À Argenteuil, le public n’a pas l’habitude de prendre ses places à l’avance, ce qui fait que nous découvrons dans les minutes qui précèdent chaque séance l’intérêt que le public porte à un film ou à un évènement que nous organisons. Et forcément vu que nous gardons les films ensuite plusieurs semaines, cela nous informe sur la fréquentation à venir. C’est quitte ou double, même si on a toujours un peu de flair sur les films qui vont fonctionner ou non, on est parfois surpris.

D’autres jours, je suis en projections professionnelles dans d’autres cinémas d’Île de France ou en festival pour découvrir les films à venir (et imaginer comment défendre nos prochains coups de cœur), ou au téléphone pour négocier âprement la sortie d’un film à Argenteuil avec un distributeur, ou alors derrière mon ordinateur pour écrire des textes sur des films, faire des grilles de programmation ou rédiger des dossiers.

Tout ça pour dire qu’une journée type dans une salle de cinéma, ça n’existe pas !

Quelle est la chose que tu préfères dans ton métier ?

Cela pourrait être évidemment le plaisir que j’ai à découvrir les films en avant-première avant même que tout le monde n’en parle. Ou aussi parler des rencontres formidables que j’ai pu faire avec les nombreuses équipes de films que j’ai croisé depuis mes débuts. Mais ce n’est pas forcément ça le plus important dans mon métier. La chose que je préfère infiniment c’est le moment de la rencontre entre une œuvre et son public, c’est de voir l’émotion dans les yeux de nos spectateurs durant le film ou en sortant de la salle. C’est également d’assister à ce mélange de sensibilité et d’individus, tous happés par un écran qui s’illumine, qu’importent les origines de chacun : nous partageons les mêmes émotions. C’est ce pourquoi j’aime ce métier, et que je défends la salle de cinéma comme une formidable expérience collective.

Aurais-tu un conseil à donner à quelqu’un qui voudrait suivre le même chemin professionnel que toi ?

Il y a plein de portes pour arriver à faire de notre passion notre métier. Il n’y a pas qu’une seule route tracée, mais de multiples chemins de traverse, de passerelles, qui rendent les choses possibles. Il y a les études bien sûr, mais il y aussi les rencontres auxquelles nous n’étions pas préparées et qui peuvent changer nos vies. Et s’il y a bien une chose qui m’aurait rassuré lorsque venait le temps de choisir mon orientation, c’est que l’on me parle de l’impermanence des choses : rien n’est définitif. La voie à laquelle on te destine ou tu te destines dans ta jeunesse, ce n’est pas forcément pour la vie. Je pense que lorsqu’on se rend compte de cela, on a le cœur plus léger, et les possibilités semblent infinies.

Et enfin, quelques questions plus légères :)

Rester jusqu’à la fin de la séance, quand les lumières se rallument ou partir pendant le générique ?

Rester jusqu’à la fin de la séance ! Pour voir les noms de toute l’équipe du film et me permettre de revenir doucement à la réalité.

Popcorn ou silence complet ?

Chut !

Jean-Gabin ou Figuier blanc ?

Ce serait comme demander de choisir entre ses deux parents : impossible !

Un film de la programmation 2021 à voir absolument quand ce sera possible ?

Il y en plusieurs, d’immenses coups de cœur dans le cinéma français déjà :

La nuée de Just Philippot

L’Origine du Monde de Laurent Lafitte

Gagarine de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh

La pièce rapportée d’Antonin Peretjatko

Louloute d’Hubert Viel

Quels sont les films que tu as hâte de découvrir et faire découvrir ?

OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire de Nicolas Bedos

Benedetta de Paul Verhoeven

First cow de Kelly Reichardt

Annette de Leos Carax

Last night in Soho d’Edgar Wright

The way of the wind de Terrence Malick

France de Bruno Dumont

The French dispatch de Wes Anderson

The Many Saints of Newark d’Alan Taylor

et tant d’autres films qui me surprendront !

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